En
l'absence d'état civil et de registres paroissiaux, qui ne se généralisent
qu'à partir du XVIe siècle, l'étude d'une population ancienne
doit faire appel aux données fournies par le matériel osseux exhumé
lors de fouilles de nécropoles.
La paléodémographie
s'est surtout développée à partir des années cinquante.
C. Masset, un de ceux qui ont le plus marqué la recherche dans ce domaine,
en définit ainsi les objectifs : " reconstruire la structure de la
population vivante à partir de la répartition par âge et par
sexe observée dans les nécropoles à partir des vestiges osseux
" (C. MASSET, 1973).
Plusieurs difficultés se présentent
au paléodémographe du fait de la nature même du matériel
d'étude, les os. Il n'est pas du tout évident qu'une population
exhumée lors des fouilles archéologiques soit le reflet de la population
vivante, ni même de la population décédée, selon les
conditions de sélection à l'inhumation, de conservation dans le
sol et de la fouille.
De plus, les séries ne sont pas toujours numériquement
satisfaisantes pour un traitement statistique.
La démographie se
fondant sur les répartitions par sexe et par âge, il est nécessaire
d'arriver à déterminer ces critères sur les squelettes étudiés
en s'appuyant sur des critères morphologiques et métriques.
Les enfants
Les squelettes étudiables représentent
un ensemble de 404 individus répartis en 55 enfants (13,6%) et 349 adultes
(86,4%). Un élément frappe tout de suite : la très faible
proportion des individus non adultes. C.Y. Ascadi et J. Nemeskery (1970) ont estimé
la mortalité infantile et juvénile (de 0 à 7 ans) à
environ 45% pour les populations des Xe - XIIe siècles en Hongrie. Pour
Goudelancourt-les-Pierrepont, où la situation ne devait pas être
meilleure pendant l'époque mérovingienne, nous sommes très
loin de ces 45% puisque la population non adulte représente 13,6% de la
population totale.
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Plusieurs explications ont été émises concernant
cette lacune. D'une part, la plus grande fragilité des ossements d'enfants
par rapport aux ossements d'adultes pourrait expliquer une conservation différentielle
au détriment des premiers. D'autre part, les enfants, et plus particulièrement
les très jeunes, auraient pu être sélectivement enterrés
dans un autre endroit, peut-être en raison d'un statut social particulier.
Il pouvait s'agir aussi d'une différence de profondeur de la fosse sépulcrale
; en effet, elle est moins profonde pour un enfant que pour un adulte et, compte
tenu de l'érosion et des labours pratiqués dans la région,
il est fort possible que plusieurs sépultures aient ainsi disparu.

Quand
on regarde la courbe de mortalité des enfants, on se rend compte tout de
suite qu'ils ne sont pas tous présents. En effet, d'après les données
démographiques, un histogramme de population naturelle médiévale
devrait présenter un maximum de décès dans la classe d'âges
de 0 à 1 an. De plus, selon C. Masset, l'effectif de la classe d'âges
5-9 ans est au moins deux fois plus importante que celui de la classe d'âges
10-14 ans. Ce sont autant d'éléments qui permettent de dire qu'il
manque des individus non adultes. Toutefois ce phénomène étant
très fréquemment observé dans les études de nécropole,
il n'est, en aucun cas, le reflet de conditions de vie exceptionnelles pour la
période.

La
population adulte
Elle est constituée de :
- 93 hommes, soit
23,01% de la population totale et 26,64% de la population adulte ;
- 81 femmes,
soit 20,04% de la population totale et 23,20% de la population adulte ;
-
175 indéterminés, soit 43,31% de la population totale et 50,14%
de la population adulte.
Le rapport de masculinité, 0,53, est comparable aux résultats
obtenus sur les sites de même époque où il est généralement
supérieur ou égal à 0,50. Il semblerait, malgré le
grand nombre d'individus de sexe indéterminé, que les hommes soient
plus nombreux dans le premier que dans le deuxième noyau où les
effectifs masculins et féminins s'équilibrent.

Courbes
paléodémographiques et commentaires
L'estimation de l'âge
au décès des adultes a été effectuée à
partir de l'examen de la synostose des sutures crâniennes avec la méthode
dite " des vecteurs de probabilité ", mise au point par C. Masset.
Celui-ci a distingué plusieurs types de courbes de mortalité, chacun
correspondant à des conditions historiques définies (population
naturelle, favorisée, éprouvée,
).
Les datations
archéologiques ont permis de diviser la nécropole de Goudelancourt-les-Pierrepont
en quatre périodes : 520-40 / 560-70, 560-70 / 580-90, 580-90 / 620-40
et 620-40 / 680. Pour que l'étude paléodémographique puisse
être comparée à d'autres monographies, nous avons les deux
premières périodes.
Pour la première période
de 520-40 à 580-90, l'âge modal de décès d'adulte se
situe dans la classe jeunes pour les deux sexes et l'âge médian dans
les classes 40-50 ans pour les hommes et les femmes. Le tracé des histogrammes
évoque la courbe type correspondant à une population naturelle.
Pendant la deuxième période de 580-90 à 620-40,
la population semble plus éprouvée que pendant la première.
Le tracé des courbes montre chez les hommes une augmentation des décès
de la première classe d'âges et chez les femmes au nivellement caractéristique
des populations " éprouvées ". L'âge modal se situe
dans la première classe tant pour les hommes que pour les femmes, l'âge
médian dans la classe 40/50 ans pour les hommes et 50/60 pour les femmes.


On
ne peut pas étudier les courbes démographiques de la troisième
période (620-40 / 680) en raison du faible effectif. Les âges observés
ne peuvent être le reflet de la réalité puisque 7 des 9 crânes
observables ont un stade de synostose de VI ou VII.
La population de Goudelancourt-les-Pierrepont
se présente donc comme ayant connu des conditions de vie précaires
se détériorant entre le VIe et le VIIe siècle. Un tel constat
rejoint ce qu'écrit Braudel : " Après le règne de Dagobert
(629-639), la situation se gâte, un renversement progressif de la conjoncture
se marque. Cette régression durera jusqu'à la fin du VIIe siècle
" (F. BRAUDEL, 1986, p.100-101)