Etude anthropologique de la nécropole
de Goudelancourt-lès-Pierrepont (page 2)

Corinne
MORAZZANI (CNRS/CRA, Unité d'Anthropologie-F-06560 VALBONNE)
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| 2 Estimateurs paléodémographiquesEn
1977, J.P Bocquet-Appel et C. Masset ont proposé une méthode permettant
d'estimer les données essentielles d'une table de mortalité (espérance
de vie, quotients de mortalité, descendance finale par femme). Pour palier
les problèmes posés par l'estimation de l'âge au décès
et leurs répercussions sur les résultats paléodémographiques
(sous-estimation systématique des classes les plus âgées,
trop grande marge d'incertitude pour les adultes), ils ont décidé
de se fonder sur les seules informations relativement sûres apportées
par les méthodes actuellement utilisées : l'effectif des adultes
(il est facile pour un anthropologue de distinguer un adulte d'un enfant) et l'âge
des enfants entre 5 et 14 ans (avant 5 ans, les enfants sont sous-représentés
dans les nécropoles et, à partir de 14 ans, la marge d'incertitude
dans la détermination de l'âge au décès est plus grande). Selon
leurs propres termes : " Au lieu de déterminer directement l'âge
au décès des squelettes exhumés par les fouilles, procédé
sujet à trop d'erreurs dont certaines sont inévitables, nous préférons
calculer les valeurs les plus probables de l'espérance de vie à
la naissance, de la mortalité infantile, de la mortalité enfantine
et de la fécondité à partir du rapport de l'effectif décédé
entre 5 et 14 ans sur l'effectif décédé à 20 ans et
plus ". Les auteurs ont calculé les équations (appelées
" estimateurs paléodémographiques ") entre structures
réelles et observations anthropologiques. Cette méthode des
estimateurs a été précisée par C. Masset et B. Parzysz,
en 1985, pour définir les risques d'erreur liés à l'effectif
des nécropoles étudiées. Ils montrent, en effet, que la marge
d'erreur des calculs est d'autant plus importante que l'effectif étudié
est faible.

Espérance de vie à la naissanceL'espérance de
vie à la naissance se situe à Goudelancourt-les-Pierrepont entre
31,70 et 38,66 ans. Autrement dit, elle est de 35,18 +- 3,38 ans. Elle est beaucoup
plus élevée que celle obtenue par la même méthode à
Maule, dans les Yvelines, où elle est de 27 ans +- 6 ans (E. PEYRE, 1977)
et que celle obtenue pour Frénouville, dans le Calvados (29 ans), en utilisant
une méthode de calcul différente (L. BUCHET, 1977). Ces calculs
sont définis pour des populations stables, c'est-à-dire où
le nombre de décès s'équilibre avec le nombre des naissances,
conditions vraisemblables mais pas vérifiées. 
Le quotient de mortalité infantileLe quotient de mortalité
infantile (0-1 an) est compris entre 0,189 et 0,213 +- 0,020. Un peu plus du quart
des enfants seraient donc décédés avant la fin de la première
année. 
Le quotient de mortalité enfantine (entre 0 et 5 ans)Le quotient
de mortalité infantile évalue les effets des conditions d'accouchement,
d'élevage et de soins pendant la première année de vie. Le
quotient de mortalité enfantine y ajoute les problèmes de sevrage
et la malnutrition protéocalorique. A Goudelancourt-les-Pierrepont, il
est compris entre 0,261 et 0,350 soit 0,351 +- 0,089. Pour Maule (Yvelines), dans
le secteur mérovingien, il est compris entre 0,328 et 0,297. Ceci revient
à dire que, dans ces deux sites, sur 1000 naissances, entre un tiers et
la moitié des enfants décédaient avant leur cinquième
anniversaire. A Goudelancourt-les-Pierrepont, un maximum d'un tiers des enfants
était touché. 
La féconditéL'étude de la fécondité
moyenne par femme présente l'intérêt de donner une image positive
des équilibres démographiques autrement que par le biais négatif
des mortalités. J.P. Bocquet (1979) a proposé une méthode
permettant d'établir le nombre moyen d'enfants par famille (y sont totalisés
les enfants vivant encore à l'âge adulte et ceux qui décèdent
avant). A Goudelancourt-les-Pierrepont, la fécondité moyenne
est comprise en 3,15 et 4 enfants par femme. Ceci signifie, dans tous les cas
de figure et en tenant compte des variations possibles des quotients de mortalité,
un solde démographique (ou un taux de reproduction) négatif ou tout
du moins, étant donné que nous travaillons sur des estimations,
un équilibre précaire. 
Le peuplement du villageNous pouvons tenter d'évaluer le nombre
d'individus composant la population vivante de Goudelancourt-les-Pierrepont. En
additionnant le nombre de squelettes et celui des tombes vides, on obtient un
total de 457 individus. A cette valeur, il faut ajouter les enfants n'ayant pas
été retrouvés dans le cimetière et dont le nombre
peut être estimé. D'après les tables démographiques,
pour une espérance de vie de 35 ans, les non adultes composent 45% de la
population. La population de Goudelancourt-les-Pierrepont comptant 13% de
non adultes, il faut donc ajouter 32% pour une espérance de vie moyenne
de 35 ans. On obtient finalement 577 sujets sur les 160 ans d'occupation
du cimetière. Le village de Goudelancourt-les-Pierrepont aurait donc abrité
pendant une année environ 126 habitants. Avec une valeur moyenne
n'excédant pas 4 enfants par famille à Goudelancourt-les-Pierrepont
(dont deux, compte tenu des taux de mortalité, décéderont
avant l'âge adulte), la famille nucléaire serait en moyenne composée
de 6 personnes. Ceci donnerait alors une communauté villageoise de 21 familles
environ. Il s'agit là d'une estimation moyenne sur l'ensemble du village. On
peut tenter de préciser quelque peu cette approche en séparant les
deux noyaux de la nécropole et en calculant l'espérance de vie à
la naissance pour le premier et pour le second noyau. Elle est comprise, pour
le noyau initial, entre 31,03 ans et 39,12 ans soit environ +- 4 ans, alors qu'elle
varie entre 28,97 ans et 41,86 soit environ 35 +- 6 ans pour le deuxième
noyau. Nous remarquons qu'elle est sensiblement la même. Si l'on tente une
reconstitution de la population, on obtient pour le premier noyau, 72 individus
soit 12 familles et, pour le deuxième noyau, 38 individus soit 6 familles. 

Conclusions
paléodémographiquesL'étude paléodémographique
de Goudelancourt-les-Pierrepont a mis en évidence dans la nécropole
un manque d'enfants. En effet, un effectif s'élevant à 13,6% est
largement en dessous de ce que l'on aurait dû retrouver. L'histogramme qui
répartit les individus par classe d'âges ne fait que confirmer ce
point. En ce qui concerne la population des adultes, on a constaté
qu'elle est proche de la courbe-type " population naturelle " proposée
par C. Masset. Les histogrammes démontrent une récession des
conditions de vie à la fin du VIe siècle. Cette observation rejoint
ce que rapportent d'autres sources historiques, comme les rares textes de l'époque
ou encore certains polyptyques. Toutefois, avec une espérance de vie à
la naissance de 35 ans, la situation du village, bien que précaire, ne
devait pas être catastrophique. Avec des groupes familiaux de cinq
à six personnes, une fécondité moyenne de trois à
quatre enfants par femme et une mortalité enfantine oscillant entre 260
et 350° / 8, la population de Goudelancourt-les-Pierrepont avait un taux de
reproduction proche de 1 et présentait, par conséquent, une fragilité
démographique évidente.


La
morphologie des habitantsPar souci de comparaison entre la
population de Goudelancourt-les-Pierrepont et d'autres populations, cinq variables
morphologiques représentées dans un nombre suffisant de cas pour
faire l'objet d'une étude comparative ont été retenues : -
la longueur maximum (1) - la largeur maximum (8) - la largeur frontale
maximum (9) - la hauteur du porion (20) - l'indice crânien horizontal
(8/1) L'extrême dégradation osseuse n'a pas permis d'en retenir
plus. Pour tester l'homogénéité d'une population, il existe
plusieurs tests dont celui de Howells revu par Thoma (1985). Il consiste à
comparer les écart-types de cette population avec ceux de la population
mondiale d'Homo Sapiens Sapiens.
| Tableau
des écart-types des individus de Goudelancourt-les-Pierrepont |
| |
hommes | femmes |
| 1 |
6,43 | 11,92 |
| 8 |
5,73 | 10,49 |
| 9 |
3,95 | 4,72 |
| 20 |
8,86 | 5,96 |
| 8/1 |
3,23 | 4,00 |
| Tableau
des écart-types des individus d' Homo Sapiens Sapiens |
| |
hommes | femmes |
| 1 |
6,081 | 5,57 |
| 8 |
5,071 | 4,61 |
| 9 |
4,161 | 5,63 |
| 20 |
4,24 | 3,94 |
| 8/1 |
3,22 | 2,84 |
On remarque que les écart-types de Goudelancourt-les-Pierrepont
sont pratiquement tous supérieurs à ceux donnés par Howells.
L'écart est moins important pour les hommes que pour les femmes.
En
considérant les mesures crâniennes, masculines et féminines,
on peut identifier deux types morphologiques d'individus qui se distinguent par
leur format. Si on localise ces deux types sur un plan de la nécropole,
on constate, pour le premier noyau, que les individus de " grand format "
sont relativement groupés dans la même zone et qu'ils sont, au contraire,
relativement éparpillés pour le deuxième noyau. Quant
à leur situation chronologique, on peut noter que ces individus sont tous
répartis dans une période comprise entre 560-70 et 620-40, et qu'aucun
individu n'appartient à la période 620-40/680. Ceci semble
accréditer l'existence de deux groupes distincts. Cependant, les effectifs
étant faibles, il faut être prudent quant à l'interprétation
de ces données et à une nouvelle extrapolation. Pour la même
raison, il n'est pas possible de comparer statistiquement ces deux groupes morphologiquement
distincts.


Etude
paléopathologiqueLa répartition des pathologies
en grands groupes nosologiques est artificielle mais réalisée dans
un but pratique. Les dents étant les éléments les mieux
conservés du site, ceci explique que les effectifs étudiés
soient plus importants que dans l'étude paléodémographique
ou celle des pathologies osseuses crâniennes et post-crâniennes.

Les pathologies dentaires- L'usure
des dents (fig.11)
L'usure est, avant tout, un phénomène
dégénératif lié au vieillissement. Cent quatre-vingt-trois
individus, soit 42,3% de la population totale, présentent des dents usées.
Le degré d'usure est compris entre les stades 1 et 4 de l'échelle
de Perrier (1969). Pour les hommes les stades d'usure 2 et 3 sont plus fréquents,
suivis des stades 1 puis 4. Le stade d'usure le plus fréquent pour les
femmes est le stade 2 puis viennent les stades1, 3 et 4. L'effectif, pour le stade
4, est le plus faible. Toutefois il ne faut pas oublier que les effectifs
ne sont pas les mêmes pour les deux sexes et que le nombre d'individus de
sexe indéterminé est considérable. Si l'on exclut ces individus,
en nombre important, le stade 1 représente alors le pourcentage le plus
élevé. Dans tous les cas le stade 4 reste le moins représenté
aussi bien pour les hommes que pour les femmes et pour les individus de sexe indéterminé.
Une anomalie de l'articulé dentaire provoque chez certains une dissymétrie
de l'usure dentaire entre le côté gauche et le côté
droit. Si l'on met en relation les âges et le stade d'usure, nous
constatons que les sujets âgés ont une usure plus importante que
les jeunes, ce qui est normal puisqu'il s'agit d'un caractère dégénératif.
De même, l'usure étant fonction de l'âge d'apparition de la
dent, les canines et les prémolaires sont moins usées que les premières
et deuxièmes molaires. L'usure de la troisième molaire est variable,
en fonction de son développement. L'usure est influencée,
outre l'âge, par plusieurs facteurs comme une malposition linguale, une
déformation de la mandibule ou un mauvais articulé dentaire. Si
l'on fait corréler ces observations avec la chronologie du site, on constate
que les atteintes les moins nombreuses appartiennent à la période
initiale. Pour les deux premières périodes, le stade 2 est le plus
fréquent. Compte tenu du faible effectif de la troisième période,
on doit se garder de tout commentaire. 
- Le tartre Deux cent vingt-deux
individus, soit 54,95% de la population totale, présentent un dépôt
de tartre. Toutefois un grand nombre d'individus ne porte que quelques traces
sur la face linguale ou vestibulaire, aucun individu n'ayant plus de la moitié
de la dent couverte de tartre. 9,90% des individus ont près d'un tiers
à la moitié de la dent atteinte. Le tartre comme l'usure,
augmente avec l'âge. Le système de cotation montre qu'une dent usée
a souvent un stade de dépôt de tartre élevé (degré
2 ou 3). Le tartre ne touche pas les mêmes individus que l'usure. Quelques
adultes de moins de 30 ans présentent un dépôt de tartre volumineux
sur les incisives et les canines inférieures. 
- Les kystes radiculo-dentaires Les
kystes se caractérisent par un orifice de fistulation (communication donnant
passage à un liquide pathologique). La paroi sinusienne du maxillaire peut
également présenter un bombement dans le cas d'atteinte(s) maxillaire(s). Seuls
sont pris en compte les kystes radiculo-dentaires au stade de déformation
ou d'extériorisation. Pour ceux qui ne sont pas encore visibles sur la
surface de l'os, il a été nécessaire de faire un cliché
radiologique. La partie du maxillaire où se situe la tubérosité
fait l'objet d'une réaction périostée importante, active,
ponctuée de fins orifices dont certains communiquent avec la partie interne
du sinus. La réaction est poursuivie sur le vivant jusqu'à la partie
postérieure du processus pyramidal (détruite avec l'os sec). Ceci
traduit une infection périostée maximale à mettre en relation
avec la sinusite et le kyste apical. Il est parfois possible d'établir
un lien direct entre l'injection et la mort du sujet. Le foyer infectieux a pu
être le point de départ d'une septicémie ou d'infections à
localisation cérébrale, urinaire ou digestive. Les hommes
présentant des kystes sont au nombre de 6, soit 6,45% de la population
masculine totale. Il est intéressant de noter qu'un seul se situe dans
la première période, trois autres appartiennent à la deuxième
période, les deux individus restants n'ont pu être datés.

Huit femmes présentent des kystes, soit 9,87% de la population féminine
totale. Deux appartiennent à la première période, une à
la seconde et une à la troisième. Pour les autres, il n'y a pas
de datation de sépultures. L'enfant de la sépulture 346 bis
présente ce type de lésion. Il est le seul dans la population non
adulte. Son âge dentaire a été estimé à 6 ans.
Une telle infection peut survenir lors de la pousse des dents permanentes. Un
phénomène physico-chimique entraîne alors la destruction de
la racine de la dent de lait provoquant une altération de la dent définitive. 
- Les lésions carieuses Une
multitude de facteurs tels que l'alimentation, la plaque dentaire, les maladies
du parodonte et de nombreux autres, qui ne sont pas tous élucidés,
peuvent intervenir dans la genèse des lésions carieuses. Soixante-quatre
individus, soit 15,84% de la population totale, présentent ce type de lésion
à Goudelancourt-les-Pierrepont. Dix-huit individus masculins, soit
28,13% de la population atteinte, ont des caries. Neuf hommes, soit 50%, se situent
dans la première période, alors qu'un seul individu appartient à
la deuxième, soit 5,55%. La troisième période se caractérise
par l'absence de tout individu présentant des lésions carieuses.
Quelques individus ne sont pas datés. Seize individus féminins,
soit 25% de la population atteinte, présentent des lésions carieuses.
Ils sont ainsi répartis : - 6 appartiennent à la première
période, soit 37,5% de la population féminine atteinte ; - 1
à la deuxième période, soit 6,25% de la population féminine
atteinte ; - 1 à la troisième période, soit 6,25% de
la population féminine atteinte ; - Les autres individus ne sont pas
datés. Au vu de ces résultats, la fréquence de la carie
semblerait régresser entre la première et la seconde période. 
- Perte ante mortem des dents On
peut parler de chute de dents ante mortem lorsque la résorption alvéolaire
est totale. Dans ce cas, les dents sont tombées, ou ont été
arrachées, suffisamment longtemps avant la mort pour que le phénomène
de cicatrisation ait lieu. 
Les premières molaires inférieures et supérieures ont
le taux de perte ante mortem le plus élevé, suivies des troisièmes
molaires (traduction de l'ordre d'éruption dentaire et donc de la durée
d'exposition de la dent aux agressions). Soixante-huit individus, soit 16,83%
de la population totale, présentent une perte ante mortem des dents. Ils
ont perdu de une à plusieurs dents, le cas extrême étant l'individu
de la sépulture 362 dont la mandibule est complètement édentée.
La résorption alvéolaire est totale, ce qui confirme la chute, ou
l'arrachage, des dents assez longtemps avant la mort. Bien que nous n'ayons pas
pu l'identifier sexuellement, le degré de synostose des sutures crâniennes
le situe comme un individu âgé (stade VII). Si l'âge
peut être une raison de la chute ante mortem des dents, d'autres causes
peuvent être évoquées (chute de dents cariées, manque
d'hygiène). 
Les " indicateurs de stress crâniens " L'étude
des populations anciennes est orientée vers la recherche des interactions
entre l'homme et le milieu. Le niveau socio-économique de chaque société
est appréhendé à partir de données archéologiques.
L'étude anthropologique apporte son lot d'informations grâce à
l'examen des marqueurs révélant les problèmes rencontrés
pendant la croissance. 
Plusieurs marqueurs osseux sont considérés comme plus ou moins
liés à l'état sanitaire et à des carences alimentaires
pendant la croissance. Les manifestations varient en fonction des propositions
relatives des carences en protéines, mais aussi en fonction des déficits
conjugués en vitamines et sels minéraux, des conditions socio-économiques
et des habitudes d'allaitement. Les caractéristiques cliniques et biochimiques
varient également selon la situation hormonale des individus en cours de
croissance. Les carences agissent sur l'ontogenèse et l'intégrité
de nombreux mécanismes à des degrés différents. Elles
accroissent la vulnérabilité de l'organisme aux divers agents pathogènes.
Le maintien de l'homéostasie permet la lutte contre des affections épisodiques.
Le dépassement des facteurs de résistance habituelle provoque une
affection initiale appelée " stress ". Seule une adaptation
suffisante évite le développement d'un état pathologique
ou d'une maladie. Le " stress " est responsable d'effets indirects sur
les éléments en cours de croissance dont ils troublent le développement. La
différenciation est faite entre sujets en cours de croissance et ceux chez
qui elle est terminée. L'interprétation globale de l'état
sanitaire prend également en compte les données démographiques.
Les indicateurs non spécifiques de stress sont considérés
comme l'expression de perturbations physiologiques passagères dues à
une défaillance dans l'équilibre de l'environnement. C'est davantage
le reflet de l'individu que celui du nombre d'atteintes cliniques ou sub-cliniques
subies. 
- Les cas de cribra orbitalia L'hyperostose
poreuse se manifeste dans l'os de la voûte du crâne par un développement
du diploë. Cela se traduit, sur les bosses pariétales et occipitales,
par un aspect " criblé " de l'os mais, en cas d'atteinte sévère,
il est remplacé par un " aspect mousseux ". En radiographie,
c'est le classique aspect en " poil de brosse ". Les atteintes localisées
sur le toit de l'orbite sont nommées cribra orbitalia. Elles sont
rapportées généralement à des carences en fer et,
quelquefois, à des anémies génétiques. Sur le vivant,
l'hyperplasie de la moelle commencerait sur le frontal, l'orbite puis s'étendrait
aux pariétaux et à l'occipital ainsi qu'aux os longs et aux côtes.
Récemment, on a attribué à l'état général,
en cas de maladie infectieuse, un rôle aussi important que celui de la nutrition
(STUART-MAC ADAM, 1992). Etant donné le mauvais état de conservation
des os, seule la présence ou non de cette pathologie a été
notée. Il n'y a que 19 individus qui présentent une porosité
de la voûte orbitaire. Cela fait 4,70% de la population totale, répartis
de la façon suivante par rapport à la population atteinte : -
6 individus pour la première période (31,5%) ; - 2 individus
pour la deuxième période (10,52%) ; - 1 individu pour la troisième
période (5,26%) ; - 10 individus non datés. Il semblerait,
avec toutes les réserves dues à l'effectif, que ce soit la première
période qui représente le pourcentage le plus élevé. 
- Hypoplasies linéaires de l'émail
dentaire L'hypoplasie est une anomalie quantitative de l'émail
dentaire, signant des atteintes systémiques ou locales lors de formation
de la dent. La formation de l'émail intervient dès le sixième
mois in utero (premières dents déciduales). Son développement
s'effectue sous le contrôle des améloblastes qui se déplacent
en formant une matrice protéinique, progressivement remplacée par
des cristaux d'apathite dont les arrangements donnent des prismes d'émail. Toute
atteinte durant quelques semaines à deux mois produit une dégénérescence
des améloblastes suivie d'un arrêt de formation de l'émail
à l'origine d'une diminution de son épaisseur. Le " stress
" concerne soit l'ensemble des couronnes en formation, soit une seule ou
quelques-unes. Entre la naissance et 3 ans, les incisives sont les plus sensibles
; entre 3 et 6 ans, ce sont les canines. Il existe une corrélation
entre le nombre de dents atteintes et le degré de " stress "
mais on ne connaît pas le rapport entre le degré de stress et la
localisation des hypoplasies. Les maladies longues et affaiblissantes sont à
l'origine d'hypoplasies importantes. Neuf individus, soit 29,03%, présentent
des lignes d'hypoplasie dans la première période, cinq dans la deuxième,
soit 16,12% et trois, soit 9,67% dans la troisième. Seuls quatre
enfants présentent cet " indicateur de stress épisodique ",
soit 12,90% de la population atteinte. Un appartient à la première
période et un autre à la seconde. Les deux derniers individus ne
sont pas datés. Là aussi, il semblerait que les effectifs
les plus importants d'hypoplasie de l'émail dentaire concernent la première
période. Cela peut être dû, comme dans le cas de cribra orbitalia,
au faible effectif. Nous ne pouvons pas, pour autant, parler de conditions de
vie spécifiques à cette période. 
Les anomalies crâniennes- Le métopisme
Il
peut être défini comme la persistance anormale à l'âge
adulte de la suture médio-frontale. En effet, la formation de l'os frontal
se fait par fusion de deux parties symétriques unies par une autre médiane.
La soudure se fait de haut en bas, entre 3 et 7 ans. Il est des cas où
cette persistance est pathologique et s'accompagne d'un trouble de l'ossification
mais elle peut apparaître chez des sujets ne présentant aucun trouble
de cet ordre. La question est de savoir quelles peuvent être les causes
du métopisme. Les nombreux travaux présentés à ce
sujet peuvent se ramener à deux thèses principales : une raison
due à un mécanisme interne, une autre due à un mécanisme
externe, sans oublier les causes génétiques comme la consanguinité. Selon
l'hypothèse d'un mécanisme interne, c'est sous l'influence du cerveau
qu'il y a persistance anormale de la croissance des bords internes de chaque hémi-frontal
entraînant une persistance de la suture métopique. Selon l'hypothèse
d'un mécanisme externe, un rôle important des muscles masticateurs,
notamment les temporaux, empêcherait, par leur pression centripède,
la fermeture de la suture métopique. Par ailleurs E. Crubézy
a noté que la répartition de sujets métopiques dans les sépultures
collectives a permis d'identifier des groupements familiaux. Celui-ci est le plus
fréquent dans les sociétés où le mariage est endogame,
il y a donc bien une cause génétique à ce phénomène.
Qui plus est, il est apparu que le métopisme serait corrélé
à l'apparition des cas de cribra orbitalia, et des " hypothèses
poreuses ". En clinique, le métopisme est fréquemment associé
à des carences en fer de l'enfance sans qu'une participation génétique
ne puisse être déterminée précisément. Il n'en
reste pas moins que sa présence paraît être liée, en
grande partie, aux anémies du jeune âge. On a relevé
la présence de 18 individus métopiques, soit 4,45% de la population
totale : - les hommes sont au nombre de six soit 33,33% ; - les femmes
sont au nombre de huit soit 44,44% ; - les individus de sexe indéterminé
sont au nombre de trois soit 16,66% ; - il n'y a qu'un seul enfant. Si
l'on effectue une répartition par période, on obtient 6 individus,
soit 33,33% de la population métopique, pour la première période,
4 individus, soit 22,22% de la population métopique, pour la seconde période
et un individu, soit 35,55% de la population métopique, pour la troisième
période. 
- Les os surnuméraires de sutures Certains
auteurs parlent de carences alimentaires pour évoquer les os surnuméraires
et les sutures métopiques. Bien que la malnutrition provoque un retard
de la croissance des enfants, il n'est pas démontré qu'elle provoque
des anomalies suturales. On observe des os surnuméraires sur la suture
lambdoïde d'un homme âgé (stade VII) dans la sépulture
34 datée de la première moitié de la période initiale
(520-40 / 560-70). 
- Les thérapies On connaît
pour le haut Moyen Age quelques exemples de pratiques thérapeutiques. Nous
savons ainsi que le savoir médical de l'époque était une
réalité et que les médecins ne s'en tenaient pas à
une médecine verbale et incantatoire. Parmi les pratiques thérapeutiques
la plus spectaculaire est la trépanation. Bien qu'il y ait de nombreuses
controverses quant à leur finalité, les trépanations avaient,
sans aucun doute, une fonction salvatrice ou de soulagement pour l'individu. L'examen
des trépanations permet de connaître les techniques utilisées
par les praticiens de l'époque. La technique la plus fréquente
des trépanations est celle qui consiste à attaquer l'os de façon
concentrique par plusieurs incisions et se termine par l'ablation de la partie
circonscrite. S'il n'y a pas eu de cicatrisation du diploë, soit l'intervention
a entraîné la mort du patient, soit elle a eu lieu post mortem. Seul
l'examen des traces de sciage permet de choisir entre les deux hypothèses.
La plupart des trépanations suivies de guérison se situent dans
la zone pariétale où la dure-mère est décollable de
la boite crânienne. 
Dans le cas de Goudelancourt-les-Pierrepont, l'orifice est ovale et les bords
en entonnoir révèlent une cicatrisation qui s'étend du frontal
à l'occipital gauche. 
Les
pathologies post-crâniennesL'individu 214 A présente une
fracture du fémur gauche consolidée mais non réduite (réduction
: remise en position anatomique des fragments isolés par la fracture).
Cela a provoqué un chevauchement des deux morceaux de l'os lors de la formation
du cal osseux (cal en baïonnette) qui a entraîné une diminution
importante de la longueur de l'os (environ 8 cm) et, en conséquence, une
boiterie marquée chez cet individu. L'aspect irrégulier du cal suggère
que le foyer de fracture n'a pas été bien immobilisé pendant
la cicatrisation.
L'homme de la sépulture 250 présente plusieurs
traumatismes. Il s'agit d'une fracture consolidée du fémur droit,
avec diminution de 8 cm en longueur (voir n° 214A) et de fractures multiples
des deux avant-bras consolidées également. Il est impossible de
savoir si ces fractures ont été faites lors du même accident. L'humérus gauche de l'individu 255 (fig 20) présente
une fracture consolidée avec une légère déviation
de l'axe de l'os. Le cal régulier laisse supposer la pose d'attelles destinées
à immobiliser le foyer de fracture pendant la cicatrisation. Le tibia droit de l'individu 299 (fig 21) présente
une excroissance osseuse sur la crête antérieure, due probablement
à un choc ayant entraîné un hématome sous-périosté
qui s'est ossifié. >> page
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