A partir de l'épiphysation
des os longs
La croissance d'un individu (homme ou animal) n'est
possible que si le squelette qui soutient la masse musculaire peut croître
proportionnellement. A la naissance chaque ossement est constitué d'un
"long tube" (appelé diaphyse) et de deux extrémités
comportant les surfaces articulaires (les épiphyses). Lorsque la croissance
est achevée ces trois éléments se soudent pour former un
seul est même os, il s'agit de l'épiphysation. Ce phénomène
qui se produit sensiblement au même âge chez tous les individus d'une
même espèce varie pour chaque os. Il est donc possible, en observant
les différents éléments d'un squelette de connaître
l'âge d'un individu
Exemple : GLP 1028 humérus de boeuf épiphysé
en partie distale et juste épiphysé en partie proximale (âge
compris entre 20 et 42 mois)
A partir de l'usure
dentaire
Les dents constituent un excellent indicateur. Chez
les plus jeunes, la présence de dents de lait et l'apparition de certaines
dents définitives permet de définir l'âge avec précision.
Chez les adultes, c'est le niveau d'abrasion des dents définitives qui
permet de leur attribuer un âge.
Exemple : Pour les dates d'éruption,
mandibule de cochon GLP 1020 avec troisième prémolaire sortante
et troisième molaire au stade de bourgeon (individu âgé de
12 à 14 mois) à comparer avec GLP 1055 mandibule de cochon avec
première molaire sortante (individu âgé de 4 à 5 mois).
Pour les stades d'usures, mandibule de boeuf avec sa dentition définitive
âgé de 3 à 4 ans
Intérêt
L'âge d'abattage des individus, associé au pourcentage
de mâles et de femelles, fournit de nombreux renseignements quant à
la gestion du cheptel et à l'utilisation qui en est faite.
Dans le
cas du boeuf, un élevage à vocation bouchère nécessite
d'abattre les individus âgés de 2 à 3 ans, c'est à
dire au seuil de leur rentabilité pondérale (la production de veau
reste anecdotique jusqu'à la fin du Moyen Age).
Dans le cas d'un élevage
laitier stricto-sensu, seules les femelles et quelques mâles reproducteurs
sont conservés. Les femelles sont rarement abattues avant 6 à 8
ans.
Mais durant tout le Moyen Age, le boeuf est aussi employé pour
sa force de traction animale et les individus mâles âgés sont
dans ce cas favorisés.
Bien évidement plusieurs motivations
peuvent présider aux choix de l'éleveur, les élevages mixtes
sont fréquents et la plupart des animaux de réforme sont ensuite
consommés.
La hauteur au garrot
Lorsqu'un os est conservé dans la totalité de sa longueur,
il fournit des indications concernant la hauteur au garrot de l'individu. Cette
information est intéressante dans le cas d'études sur de longs intervalles
chronologiques, elle permet d'apprécier les choix en matière de
sélection des espèces. Ainsi le boeuf romain dont la taille moyenne
oscillait entre 120 et 140 cm au garrot (mâles et femelles confondus) ne
va cesser de décroître durant tout le Moyen Age. Au Haut Moyen Age,
la moyenne n'est plus que de 112 cm. et elle descendra jusqu'à 109 cm.
au XIIIe siècle. Cette modification morphologique des individus entraîne
une perte considérable de poids, il est donc peu probable qu'elle résulte
d'un choix délibéré des éleveurs.
Alors pourquoi
cette dynamique? S'agit-il d'une perte du savoir-faire pastoral, d'une mauvaise
sélection des reproducteurs ou d'une alimentation médiocre? La question
reste en suspend.
Exemple : Métacarpe de boeuf GLP1016, hauteur au
garrot 115 cm.
Les pathologies
Certaines
maladies ou difformités sont perceptibles à partir du squelette.
Elles indiquent l'état sanitaire du troupeau et dans certains cas reflètent
des activités infligées à l'animal. Par exemple, les mors
des chevaux entraînent une usure anormale des dents et l'utilisation prolongée
du boeuf comme animal de trait provoque une usure et un écrasement des
poulies.
Exemple : GLP Maison zone C zone B, métatarse de boeuf présentant
une forte exostose (excroissance osseuse peut être due à une fracture).
La consommation
Le prélèvement
des masses musculaires laisse de nombreux stigmates sur la charpente squelettique.
Ces empreintes vont du coup de tranchoir destiné au traitement boucher
de la carcasse jusqu'à de fines empreintes de raclure liées à
la consommation. En outre la cuisson de certains morceaux avec l'os (cotes...)
permet d'observer des traces de carbonisation.
Exemple atlas de boeuf extérieur
maison zone C ayant reçu un coup de couperet destiné à séparer
la tête de la carcasse et extrémité de mandibule de boeuf
carbonisée.
L'artisanat
Les
ossements animaux fournissent une matière première abondante de
qualité. C'est pourquoi ils ont régulièrement servi à
la confection d'objets (peignes, boutons, poinçons, dés, perles,
éléments de décoration...). Certaines pièces anatomiques
sont presque systématiquement préférées à d'autres
de par leur facilité de travail, leur résistance ou leur rendu après
travail. C'est le cas du bois de cerf provenant du bâtiment D nord
L'élevage
à l'époque mérovingienne
La plupart des
études archéozoologiques concernant l'époque mérovingienne
se rattachent à des sites ruraux, il faut toutefois garder en ligne de
mire la finalité de ces élevages, à savoir, outre la satisfaction
de besoins locaux, les échanges commerciaux avec les milieux seigneuriaux,
ecclésiastiques ou "urbains".
Dans l'ensemble du monde rural
mérovingien l'alimentation repose sur le cheptel domestique (boeuf, porc,
caprinés) et un complément fournit par la basse-cour (coq). La chasse
n'occupe qu'un rôle minime et les espèces sauvages observées
(lièvre et oiseaux) correspondent à une chasse dite "de rencontre
dans les champs". Seules les proportions de bufs, de porcs, de moutons
et de chèvres permettent de distinguer différents types de sites.
A l'échelle du nord de la France, deux modèles de sites ruraux semblent
se différencier nettement :
Proportion en Nombre de Restes des trois principales espèces
sur les sites mérovingiens
1) La première catégorie
concerne les sites ou le porc constitue entre 40 et 60% des restes, fournissant
ainsi une quantité de viande non négligeable. Ce type d'économie,
qualifiée d'économie de subsistance, semble favoriser une production
autarcique destinée à combler les demandes locales en protéines
animales.
2) La deuxième catégorie rencontrée, à
laquelle appartient le site de Goudelancourt, est moins fréquente. Jusqu'alors
elle n'a été observée qu'en Ile de France et en Picardie.
L'élevage est fortement centré sur le buf. La présence
presque exclusive d'individus mâles, pour la plupart âgés suggère
une utilisation importante de la force animale. Le boeuf serait de fait dévolu
à l'agriculture plus qu'à l'alimentation carnée. De même,
l'exploitation du mouton est tout autant dédiée à la production
de produits secondaires (lait et laine) qu'à la production bouchère.
Cette gestion novatrice du cheptel fait de ce site un des
précurseurs de la "révolution" carolingienne.
(1)
Centre de Recherche Archéologique de la Vallée de l'Oise à
COMPIEGNE