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L'habitat mérovingien de Goudelancourt-lès-Pierrepont
(Aisne)
Alain
Nice
Aperçu provisoire
d'une unité agricole et domestique des VIe et VIIe siècles
Le contexte historique e
village de Goudelancourt-les-Pierrepont, sur le terroir duquel une nécropole
et un habitat du haut Moyen Age ont été fouillés, se situe
au nord-est du département de l'Aisne à une vingtaine de kilomètres
de la ville de Laon.
Ce village est attesté dès les XI-XIIe
siècles : Gundelani Curtis en 1095 ; Gundelencourt en 1166 ainsi que sa
dépendance, la ferme de Beauvois (Biauvoir en 1156, Bellus Visus) à
proximité de laquelle se situe le site archéologique. Cette ferme,
possession de l'abbaye Saint-Martin de Laon, possède encore de nos jours
une chapelle (MELLEVILLE, 1865). De nombreux vestiges archéologiques
d'époque gallo-romaine furent découverts sur le territoire de cette
commune, notamment au siècle dernier (bronzes et objets divers déposés
au Musée de Laon). A l'époque gallo-romaine, le site de Beauvois
se trouvait en jonction de deux importantes voies anciennes : le " Chemin
de Reims " reliant Saint Quentin / Marle à la voie romaine Reims /
Bavay à la hauteur de Chaourse / Montcornet. De nombreux vestiges gallo-romains
témoignent de la relative importance de cette zone carrefour . Le toponyme
de Goudelancourt, formé à partir d'un anthroponyme germanique "
curtis " et d'un nom latin, ne permet pas d'avancer une datation précise
mais témoigne cependant de la continuité de l'occupation du sol
aux époques mérovingienne et carolingienne (LUSSE, 1992). De
même, la dédicace de l'église de Goudelancourt en l'honneur
de Saint Martin, évêque de Tours, atteste une origine ancienne, peut-être
mérovingienne (LUSSE, 1992).

plan de situation | A proximité immédiate
se situe le village ce Pierrepont dont l'église est dédiée
dès 886 à Saint Boétien, ermite irlandais qui serait mort
dans ce village vers 668 (MELLEVILLE, 1865 ; LUSSE, 1992). La découverte
à Goudelancourt, au lieu-dit, " Les Fontaines ", d'une nécropole
et d'un habitat de l'époque mérovingienne n'a fait que confirmer
ces données. 
Présentation générale du site a
nécropole et les structures d'habitat de Goudelancourt se situent aux confins
nord de cette commune, au lieu-dit " Les Fontaines ", en limite du terroir
du village voisin, Cuirieux.

plan général du site : la nécropole (1 et 2) et l'habitat
(3). En hachurés, les extensions probables de l'habitat.
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Ce village de Cuirieux est situé à environ
un kilomètre à l'ouest. Sur son terroir, de nombreux vestiges d'époque
gallo-romaine ont été découverts à l'occasion de récentes
prospections de surface, notamment un vicus et diverses sépultures à
incinération le long de l'ancienne voie appelée " Le Chemin
de Reims ", à moins d'un kilomètre du site de Goudelancourt.

Goudelancourt-lès-Pierrepont. 1 et 2 - la nécropole ; 3 - l'habitat
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Cette ancienne voie est toujours utilisée en grande
partie comme chemin rural. Aujourd'hui disparue sur 500 mètres du fait
du remembrement, elle coupait la vallée du Cornu en diagonale pour rejoindre
les fermes de Beauvois situées à environ 1 kilomètre au sud
de la nécropole et de l'habitat.

Goudelancourt : plan général des structures correspondant à
l'unité agricole fouillée (secteur 1) En gris, les constructions
de surface et les cabanes
| La nécropole
était située au sommet d'une colline crayeuse séparant la
" Grande Vallée " au sud de la " Vallée des Grands
Bois " au nord et formant ainsi une sorte d'éperon orienté
sud sud-ouest / nord nord-est (sur la nécropole, voir l'article et le plan). C'est
au pied de cette colline que passait la voie antique " Le Chemin de Reims
" coupant en diagonale la vallée dans laquelle coule encore par intermittence
le Cornu, ruisseau alimenté par les eaux de ruissellement. 
La nécropole a
nécropole comporte deux noyaux composés respectivement de 324 et
134 sépultures. Le mobilier mis au jour est relativement important et est
représentatif des VI et VIIe siècles. L'étude de la chronologie
relative par permutation matricielle a permis de mettre en évidence plusieurs
phases d'occupation : la phase B, C, D, vers 530/40 à environ 560/70 ;
la phase C,D,E, (560/70 - 580/90) où apparaît le second noyau qui
connaît, comme le premier cimetière, un développement concentrique
avec les phases D,E,F, (580/90 - 620/40) et F,G, (620/40 - >680). La configuration
de cette nécropole en deux noyaux permet d'avancer l'hypothèse qu'un
groupe familial, désireux de se distinguer du reste de la communauté,
peut-être plus christianisé d'où l'orientation des fosses
nettement est-ouest, aurait pu se faire inhumer séparément des autres.

L'habitat es
structures correspondant à l'habitat, découvertes fortuitement,
ont fait l'objet de quatre campagnes de fouilles en 1988, 1989, 1991 et 1992.
Elles sont toutes localisées au pied de la colline, sur le versant sud
à 150 m de la nécropole (secteur 1) à l'exception de deux
d'entre elles situées plus à l'ouest (secteur 2).
Les structures
les plus au nord ont été localisées dans la pente à
une profondeur de 0,50m tandis que les grandes constructions de surface, au sud,
ont été rencontrées sous une couche de limon variant de 1m
à 1,50m, limon provenant en grande partie de l'érosion naturelle
de la colline. Toutes ces structures se situent en rupture de pente, en bordure
de la vallée, à l'abri de toute inondation. A l'extrême sud
de la zone fouillée, les niveaux archéologiques se trouvent actuellement
à 2m de profondeur.

Goudelancourt-lès-Pierrepont : les structures archéologiques après
le décapage (cabanes 1031, 1020, 1025 et 1036)
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L'habitat : l'organisation de l'espace lors
que sur d'autres sites de même nature on observe souvent une dispersion
des structures, l'habitat de Goudelancourt présente, lui, une certaine
organisation et toutes les composantes d'une unité agricole et domestique
d'époque mérovingienne : maison d'habitation, puits, bâtiments
annexes et cabanes excavées.
Cet ensemble constitue probablement
l'unité de base d'un habitat rural du haut Moyen Age. A l'exception d'une
petite parcelle inexplorée, située au sud-ouest de la zone principale
de fouille, la quasi-totalité des structures fouillées se répartissent
sur une surface d'environ 1,5ha au pied de la colline. Etant donné les
importants volumes de terre à déplacer, la zone de fouille n'a pas
pu s'étendre plus au sud, au fond de la vallée, où il était
peu probable de découvrir d'autres structures (zone inondable). Par contre,
les limites de cet habitat ont été atteintes au nord, au nord-ouest
comme à l'est. Le secteur 1 présente l'organisation suivante
:
au sud, sur une bande de terrain longue d'une centaine de mètres et large
d'une trentaine de mètres, s'échelonnaient cinq constructions de
grande taille à ossature de poteaux de bois. Ces constructions sont presque
toutes protégées par des fossés de drainage pour les eaux
de ruissellement. Si deux de ces constructions ont un plan difficile à
interpréter, les trois autres correspondent clairement à des bâtiments
de surface quadrangulaires construits sur poteaux, bien alignés et orientés
est-ouest. L'un d'eux, comportant un âtre, est de toute évidence
une maison d'habitation. Les autres bâtiments correspondent probablement
à des annexes de type atelier (forge), étable, voire grenier-grange,
à moins que pour l'un d'entre eux il s'agisse d'un habitat secondaire.
Au centre de cette zone un puits constitue l'unique point d'eau de cet habitat.
au nord, on trouve 14
cabanes excavées.
Ces cabanes à ossature de poteaux
de bois sont de différents types : 2, 4, 6 poteaux. Trois d'entre elles
sont relativement isolées (cabane 1000 au nord-ouest, 1005 au nord et 1051
au nord-est). Les autres cabanes sont regroupées au centre. Six d'entre
elles, associées à un four (1073) et à un foyer (1048), semblent
s'organiser autour d'un espace vide de toute structure (cour, aire quelconque
de travail ?) : cabanes 1015, 1016, 1018, 1020, 1022 et 1031. Trois
autres cabanes (1036, 1025 et 1012), voisines l'une de l'autre, sont à
mettre en relation avec diverses fosses oblongues dont l'usage nous échappe,
et les vestiges probables d'un bas fourneau. A toutes ces cabanes s'ajoutent
de nombreuses fosses et foyers, éparpillés sur toute la zone avec
cependant une relative concentration à l'est. Les fouilles n'ont
révélé aucune trace de clôtures, fossés ou tranchées
de palissade, ni au sein même de cette unité agricole, ni à
l'extérieur. >> 1 | 2
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